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  Voyage de Colbert  (Le)
Titres de Hermann Ungar au catalogue :
 

 
Le Voyage de Colbert  |  Hermann Ungar

 
Genre : Nouvelles et récits
Collection : Petite Bibliothèque Ombres | Numéro : 120
Traduit de l' allemand par François Rey
 
 128 pages.  | Année : 1998  | Prix : 8.50 €

GENCOD : 9782841420872

 

 Publiée en 1924, la nouvelle « Le Voyage de Colbert » introduit, dans une narration d’une rare efficacité, la figure de Modlizki, valet autodidacte, taciturne par principe et destructeur méthodique de l’ordre bourgeois, dont Ungar fera l’un des pivots de La Classe et qui est assurément parmi ses créations les plus fortes et les plus étrangement inquiétantes. D’autres récits, plus cours et non moins surprenants par la maîtrise de l’écriture que l’auteur y manifeste, dessinent une sorte de paysage affectif de la jeunesse provinciale de Ungar, paysage remarquable de cohérence, où le nom des personnages semble décider de leur destin, où l’essentiel ne peut jamais se dire, où la confrontation avec l’autre est toujours brutale et décevante, où l’arrachement au pays natal, nourri de rêves et d’espoirs, ne laisse à l’âme qu’un « goût douceâtre et écœurant ». Les dix nouvelles de ce recueil peuvent toutes, à un titre ou à un autre, être considérées comme des textes expérimentaux, des fragments ou des esquisses de l’œuvre de Hermann Ungar. Certaines furent publiées du vivant de l’auteur dans des journaux ou des revues, d’autres le furent pour la première fois en 1930, un an après sa mort, dans un volume regroupant l’ensemble de ses récits préfacé par Thomas Mann.

 

* Titre original : Colberts Reisen (1930). 

[Première publication aux éditions Ombres : Le Voyage de Colbert, nouvelles et récits traduits de l’allemand et présentés par François Rey, « Domaine germanique », 1989, 128 pages, épuisé (ISBN 2-905964-20-0)] 

 

Table des matières

Introduction - « Le voyage de Colbert » - « La raison d’être » - « Mellon l’'' acteur '' » - « La guerre secrète » - « Alexandre » - « Les frères Tulpe » - « Le voyageur en vins » - « L’employé de banque » - « Bobeck se marie » - Chronologie de la vie de Hermann Ungar - Bibliographie


 
Hermann Ungar

 Hermann Ungar (Boskovice, Moravie, 1893 – Prague, 1929). Né dans une famille de petits industriels juifs cultivés, il suit à Brno une formation de juriste. Au sortir de la Première Guerre mondiale et parallèlement à une carrière diplomatique décevante menée pour l’essentiel à Berlin, il élabore en allemand, comme ses compatriotes Kafka, Perutz, Rilke et Weiss, une œuvre romanesque et dramatique qui lui vaut une notoriété presque immédiate et l’admiration de nombreux écrivains tels que Thomas Mann, Stefan Zweig, Alfred Döblin, Ernest Weiss ou Bertolt Brecht. En pleine maturité créative, il meurt à l’âge de trente-six ans, d’une crise d’appendicite mal soignée. En publiant après un demi-siècle d’inexplicable oubli, la totalité de ses livres : Enfants et meurtriers, La Classe, Les Mutilés, Le Voyage de Colbert, L’Assassinat du capitaine Hanika, La Tonnelle, les éditions Ombres ont permis, à l’œuvre intense et perturbante de ce singulier écrivain de retrouver la juste place qu’elle mérite.

 

Lorsque, en 1987, nous avons réédité simultanément Enfants et Meutriers et Les Mutilés, le nom de Hermann Ungar était donc inconnu du public français. On le connaissait à peine plus dans les pays de langue allemande, où il ne figurait que dans de rares histoires de la littérature ou dictionnaire d’auteurs. Nous avions découvert les deux nouvelles et le roman dans les traductions de Guy Fritsch-Estrangin, depuis longtemps épuisées et, dans la hâte où nous étions, tout nouveaux éditeurs, de faire partager notre enthousiasme au public français, nous avons décidé de les reprendre telles quelles. Au cours des années suivantes, nous avons confié à François Rey la tâche de traduire le reste de l’œuvre proprement littéraire, à savoir successivement La Classe, Le Voyage de Colbert, L’Assassinat du capitaine Hanika et La Tonnelle, puis de retraduire les deux premiers volumes. Un tel travail de retraduction s’avérait indispensable pour assurer l’unité de l’œuvre en langue française et restituer aux textes leur radicalité, tant stylistique que thématique, et la précision quasi obsessionnelle de leur écriture. Mais il s’agissait au moins autant, sinon plus, de donner à lire leur ancrage dans la littérature judéo pragoise du début du XXe siècle et cette dimension comique constamment présente qui apparente Ungar à son aîné Kafka et dont on ne saurait dissocier l’amertume, voire la noirceur fondamentales de ses récits sans à coup sûr les mutiler pour la seconde fois.

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Tchèque de langue allemande et contemporain de Kafka, Hermann Ungar est un maître des destinées sordides. Nouvelle traduction de ses Enfants et meurtriers aux éditons Ombres. Depuis 1987 et à intervalles réguliers, les éditions Ombres nous donnent des nouvelles de Hermann Ungar (1893-1929), des nouvelles jamais très longues, souvent sous forme de récit, mais que l’on se jure à chaque envoi de ne plus vouloir recevoir. Cet univers malsain, glauque, peuplé d’avortons humiliés par l’existence, de frustrés sexuels, de meurtriers miséreux, de destinées persécutées et cruelles effraie le lecteur bien portant et le renvoie systématiquement à un troublant acte voyeuriste, voire masochiste. Mais la tentation est grande et par faiblesse, on y succombe à tous les coups. Dernier en date : la nouvelle publication d’Enfants et meutriers dans la collection Petite bibliothèque Ombres.

Après avoir eu le privilège d’exhumer les œuvres complètes de Hermann Ungar d’un demi-siècle de curieux oubli, l’éditeur toulousain présente là une nouvelle traduction de ses deux premiers récits, écrits en 1920 (qu’Ombres avaient publié il y a sept ans) et dont la seule traduction française remonte à 1926. Dépoussiéré de quelques lourdeurs et certainement moins étriqué dans son interprétation, ce nouveau travail de relecture mené par François Rey, à qui l’on doit déjà la traduction de La Classe, Le Voyage de Colbert et L’Assassinat du capitaine Hanika apporte davantage de fluidité et renforce l’éclat du style si particulier d’Ungar, basé sur la puissance du verbe et l’économie des mots. 

Philippe Savary (Le Matricule des anges n°3, avril-mai 1993).

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Deux romans, douze nouvelles, trois pièces de théâtre, un essai : l’œuvre complète d’Hermann Ungar (1893-1929) encombre moins de dix centimètres de rayonnage d’une bibliothèque. Et pourtant, elle a du poids... Le pouvoir d’évocation de l’écrivain, son aisance à extérioriser des abîmes de non-dit, à les cristalliser dans des scènes crues et viscérales, confèrent à sa prose une violence rare, bien incongrue à notre époque de consensus cotonneux. Naturellement, le phénomène Ungar n’est pas isolé. C’est un phénomène. Disons qu’il incarne une tendance extrême au sein d’un art déjà outré en soi : l’expressionnisme allemand de l’entre-deux guerres. Biographiquement comme thématiquement, tout le rapproche de Franz Kafka ou de Franz Werfel : juif de langue allemande, né et élevé en Bobême-Moravie (province de l’empire austro-hongrois, qui devint en 1918 la Tchécoslovaquie indépendante). Mais malgré un succès critique certain dans les années 20 –  des écrivains comme Thomas Mann ont célébré son talent –, Ungar reste le plus méconnu des écrivains de sa génération. Il ne figure dans aucun dictionnaire, dans aucune histoire de la littérature. Mais depuis quelques années, Ungar devient un écrivain culte en France. Car on ne peut rester indifférent à l’énergie subversive de sa prose, bien plus réaliste et actuelle que la prose poétique de ses contemporains surréalistes français. L’aspect visuel de l’expressionnisme allemand nous est aujourd’hui plus familier que sa dimension verbale. Mais bien que jamais officialisé sous forme de mouvement, il domina l’avant-garde littéraire de la Mittel-Europa des années 20. Les écrivains expressionnistes sont comme des scientifiques subjectifs de la littérature. Ils ont chacun leurs spécialités : Kafka est par exemple un logicien de l’ego ; Ungar, lui, plus âpre et moins abstrait, est le biologiste qui donne corps aux pulsions et aux fantasmes tout en les stigmatisant. Il met à vif l’aspect répressif de la société avec un sadomasochisme aussi bien physique que psychologique. » 

Vincent Ostria (Les Inrockuptibles, 1993).

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« Hermann Ungar est un grand écrivain, mais solitaire : son œuvre ne devrait être ignorée d’aucune histoire de la littérature. » (Mathieu Lindon, Libération, 1987).

 

« Les lecteurs ont pu découvrir avec éblouissement le style de Ungar, concis et tranchant, qui vous dépiaute l’âme et vous laisse sur le corps une sensation de morsure indélébile. » (Roland Jaccard, Le Monde, 1989).

 

« Le refus des corps, du bonheur, de l’espoir éclate avec une espèce de rage dans ces histoires étonnantes, toutes vouées au triomphe du châtiment ou à la peur. Ungar ? Sauvé des ténèbres, à coup sûr. » (Claude-Michel Cluny, L’Express, 1989).

 

« Rarement le comportement physique et le délabrement mental de personnages au bord de la démence auront été décrits avec autant de force et d’économie à la fois. L’un de ses premiers lecteurs – Thomas Mann – a écrit que la scène finale d’« Histoire d’un meurtre » dans Enfants et meurtriers l’avait marqué pour la vie. Combien de romans par siècle propose une telle expérience ? Il ne faut pas la laisser passer. » (Patrick Thevenon, Le Nouvel Observateur, 1987).